Le visage est la tentation et l’impossibilité du meurtre.

E. Levinas

Personne - photographies et vidéos

L'espal (Le Mans) 2006- 2007 - Festival Le Mois de la photographie Dieppe 2008

Tirages numériques contrecollés sur Pvc ou aluminium, tirages numériques sur toile ou sur adhésif, dimensions variables


        En 2006, attentif aux images et aux figures véhiculées par les médias et qui peuplaient notre quotidien, j'ai proposé à des habitants du quartier des Sablons au Mans, un projet photographique qui s’inquiétait du visage et de sa disparition.
       Dans la guerre de représentation qui se jouait sur nos écrans, les motifs symboliques de la cagoule, du bandeau, de la pixellisation ou de l’ombre anonyme se répètaient, souvent entourés d’une grande confusion et d’une grande violence de sens.

      Entre 2001 et 2004, les lois sur le droit à l’image et sur la présomption d’innocence, les débats sur la laïcité et sur les aspects extérieurs de l’identité venaient confirmer combien, à l'époque, le visage et sa représentation, son exposition et sa soustraction, étaient au cœur d’enjeux culturels profonds, de fantasmes, de rêveries et de cauchemars anciens.
        En tant que photographe, j’ai proposé aux habitants de ce quartier périphérique d’analyser ensemble ces images de l’actualité, cette propagande, en les confrontant à d’autres images qui les nourrissaient : peintures, photographies, fictions cinématographiques, jeux vidéos, mythologies, textes religieux... Au travers de ces documents que nous observions ensemble apparaissaient des figures mythiques qui parlaient du regard, de l’interdit, du mystère, de l’aveuglement, de la mort, de l’invisible, de la mémoire, de l’identité, de l’autre et de la fragilité du statut d’homme.
       Ces temps de rencontres et de partage, ce travail de proximité mutuelle, ont mené à la réalisation photographique d'une galerie de portraits anonymes avec les personnes qui le désiraient. Cette relation entre le photographe et les modèles, fondée sur la confiance, la conscience de l’artifice et de la mise en scène, a permis d’explorer ces motifs archaïques, par le biais du travestissement comme jeu - parfois comme rituel - et d’incarner des peurs intimes.
       Au fil des prises de vue sont apparues des figures nées des strates de notre imaginaire collectif : idoles, icônes, monstres, témoins, victimes..., altérités parfois radicales, distantes, muettes, aveugles, dont un des traits communs est d’exiger du photographe et du spectateur au minimum une forme d’échange : un face à face, une question, une considération.

      

       Personne constitue un corpus de plus d'une centaine d'images dont quelques-une seulement sont présentées ici.

      D'autres images sont nées de ce travail : une installation vidéo réalisée à partir d'images fixes accompagnant les expositions dont on peut voir un extrait ici, un texte et un film Moon, mettant en scène un des personnages nés de cette exploration photographique et joué par Pascale Nandillon.

          Enfin, on peut lire ici un entretien réalisé en 2007 autour de ce travail et ici on peut voir des images des expositions.

Personne / extrait de l'installation vidéo

© Atelier hors champ