Presse

Le Maine libre - 1 avril 2005

 

 

Variations sur la mort

 

 

 

 

Présence des fantômes chez Jon Fosse

L'atelier hors champ met en scène « Variations sur la mort » de l'écrivain norvégien, ce week-end à La Fonderie.

 

C'est un spectacle qui ne doit son existence qu'à la volonté de ses concepteurs. Monté sans subvention et avec le soutien de La Fonderie, qui a accueilli la troupe pendant trois semaines, « Variations sur la mort » est d'abord une rencontre entre la metteur en scène Pascale Nandillon et l'écriture de l'auteur de « Melancholia ». Une écriture en spirales où les espaces-temps se confondent, où la simplicité et la répétition du langage, mêlant l'abstrait et le prosaïque, atteignent à la profondeur.

 

 

Une histoire hantée par plusieurs voix

 

« Ce texte permettait une partition chorale », explique Pascale Nandillon. «  La parole peut surgir de n'importe quel point du plateau ».L'histoire très morcelée, dont les séquences se succèdent comme des fondus enchaînés, semble être déjà vécue.Chaque comédien est presque toujours en scène, acteur ou spectateur. Hantés par cet évènements et le portant à plusieurs voix, ils ont des rôles mouvants : disent-ils leur souvenir, leur présent, leur avenir, la vie d'un autre ? Leur déplacements, comme ceux du Talmud, créent des combinaisons de sens et charpentent l'ensemble.Accueillant professionnels et amateurs, l'atelier a déjà créé « L'Insoumis » d'après Michaux, « Salomé » de Pessoa et « La Pluie d'été » de Duras.

 

 

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Ouest France - 31 Mars 2005

 

Le silence comme un ton juste...

Silences. Brefs. Longs. Parlants. Avec dix acteurs Pascale Nandillon tente mots et silence dans sa création actuelle à La Fonderie, Variation sur la mort, un texte du poète norvégien Jon Fosse. Regards discrets en répétition.

 

Un calme de soir se pose sur les planches en bois. Les projecteurs ronronnent. Mort et résurrection, ombre et lumière. Une jeune femme gît sur le sol. La répétition reprend au début, dans une scénographie austère, géométrique. Bancs, tables, chaises. Trois plans, fenêtres et portes, écrans pour nos rêves. Murs d'une maison d'escargot. « le tulle ça ne coûte rien, on travaille avec peu », raconte Pascale Nandillon, qui attend encore les subventions. Les artistes du collectif « l'atelier hors champ » sont en résidence à La Fonderie depuis trois semaines. « Notre travail est encore fragile. On jouera la pièce aussi dans des lieux plus petits ». Le texte de Jon Fosse est subtil, une partition musicales à partir des mots simples, des conversations quotidiennes qui cachent tant de tragédies et de souffrances. Ce texte exige un entraînement. «  Je prépare les acteurs physiquement pour qu'ils puissent être à l'écoute d'eux-mêmes. On travaille à l'intérieur, dans l'organique, d'où la parole peut émerger », raconte Serge Cartellier.

 

Solitude binaire

Le silence devient voix et rythme. Il circule comme les mots et les figures binaires, seules, fantomatiques. Des êtres vides, brûlés par les paroles, la quête et l'abandon de l'autre. Pause. Recherche des mouvements et des tons justes. Pascale demande à son actrice de sourire. « Dans la douceur, il doit y avoir de la cruauté, elle doit être là, de fait ». L'homme garde les poings dans ses poches. Il la quitte pour une autre. Sourire, la femme porte ses mains à la tête. Parle. Se tait. Caresse le visage de son bien-aimé. Lui, répond. Trop vite pour la metteur en scène. Pascale explique : «  Ce dialogue est comme un rendez-vous manqué. Etre absent pour l'autre, c'est avoir répondu à l'autre avec trop de retard ». Troisième scène, la suite. Encore des mots qui annoncent la fin de quelque chose. « Tout a disparu ». Pascale aime la forme en spirale pour décrire sa mise en scène : gouffre et escalier. « J'aime les textes qui mettent des silences qui sont des brèches pour l'acteur. Le silence nous met à nu ».