Choléra - détournement du dispositif de vidéo-surveillance du Higher Institute for Fine Art (HISK) / Germinations X / Elzenveld, Anvers (1999)

        L'installation vidéo Choléra a été conçue et élaborée sur place exclusivement pour le Higher Institute for Fine Art d'Anvers, en se greffant sur le dispositif de vidéo-surveillance du lieu pour le détourner.

       Le Centre Elzenveld a été fondé et financé par les riches familles d'Anvers du XVIIIème pour accueillir les personnes atteintes par le choléra.

       En 1999, les portraits et les scènes de genre abrités dans la partie ancienne du bâtiment valorisent cette histoire des fondateurs et donateurs - ils vivent là, dans l'obscurité des pièces inoccupées, entourés de meubles de style - le fond de la bibliothèque-librairie leur est presque entièrement consacré.

        La partie moderne, réhabilitée sur les fondations de l'ancien dispensaire accueille des expositions d'art contemporain.

      En m'entretenant avec les membres de la direction de l'époque, mais aussi avec le personnel d'entretien, les agents techniques, les secrétaires, il est sensible que le lieu vit dans une relation forte et un peu sclérosée à son passé. Il est strictement impossible de proposer une intervention artistique dans la partie ancienne, même sans rien modifier à l'existant. L'obsession de la propreté et de la sécurité (protégeant on ne sait quel vrai trésor) y atteignent des intensités anormales, les coupures hiérarchiques et spatiales du travail sont particulièrement marquées. Il m'apparaît que le dispositif excessif de protection des espaces et de surveillance des corps entretient une analogie profonde avec la destination initiale du lieu de soin, la question de la maladie, la peur du recoin. C'est la raison qui me pousse à intervenir sur le réseau de surveillance vidéo, comme symptôme du lieu.

        L'installation consiste en une chaîne de captations et de restitutions vidéo réparties dans le rez-de-chaussée, en utilisant les caméras de vidéo-surveillance laissées à leur place initiale, mais dont les cadrages et les focales sont modifiées pour l'occasion.

        Trois lieux sont investis : l'accueil, la bibliothèque, une remise donnant sur la salle d'exposition principale. A chacun de ces endroits, une caméra capte l'image (le visage) des visiteurs qui lui font face et renvoie cette image dans le lieu suivant : la caméra de l'accueil est vidéo-projetée dans la bibliothèque, la caméra de la bibliothèque diffusée sur un écran plasma installé dans la remise - la caméra de la remise ferme la boucle en renvoyant l'image sur les moniteurs de vidéo-surveillance de l'accueil, sortis de leurs logements et exposés à la vue de tous pour l'occasion.

        Il est nécessaire, pour que le réseau se mette à vivre et que les visiteurs se regardent par caméras interposées, qu'au moins une personne se tienne devant une des caméras - le dispositif n'existe qu'au travers son effet en chaîne, de la mise en réseau des espaces - les observateurs ne se faisant jamais face, mais regardant quelqu'un qui regarde le visage de quelqu'un qui regarde le visage de quelqu'un.

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       Cette tuyauterie organique dont on peut facilement suivre le chemin de câble laissé en évidence branche entre eux les trois espaces, introduisant une perméabilité dans les coupures rigides qui régissent habituellement le bâtiment, bouleversant l'équilibre institué des frontières, provoquant des contacts épidermiques que l'organisation du lieu ne permet plus.

        Le bureau d'accueil et de vidéo-surveillance devient un lieu de relation, les images de la vidéo-surveillance perdent leur caractère confidentiel - le visage des spectateurs qui regardent les moniteurs TV sont les sujets de l'image suivante.

        Dans les vitrines de la bibliothèque, des portraits sur fond sombre du "petit personnel" du centre d'art (femmes de ménage, concierge, homme de maintenance, enfants...) ont été mélangés aux portraits des riches fondateurs du vieil Anvers. Les visages, captés par la caméra de l'accueil, sont eux aussi vidéo-projetés dans un livre de peinture. Ceux qui observent ces peintures sont filmés et leur visage apparaît sur l'écran plasma de la remise ; l'écran est posé à plat, sous verre, comme un tableau précieux. Le visage de ceux qui regardent cet écran est diffusé à l'accueil.

          Dans un dernier geste confidentiel, je signe la pièce en inscrivant le mot Choléra à la bombe noire dans l'angle perdu d'une des caméras de surveillance.

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