Présentation

 

"Ce que je suis et comment je suis, je ne le sais pas. Je me sens seulement fort, très fort face à l’instant. Tout ce qui est au-delà ou derrière est mort (…) Mort et vie sont un. ( ...) Un ! Et combat et sommeil et rêve et action tout est un ! Il n’y a pas de séparation ! Tout fusionne et s’estompe et scintille comme soleil et abîme (…) Tous ! Soldats et officiers ! Nuit et jour. Cadavres et fleurs. Et au-dessus de moi une main brille ! Je nage à travers tout ! Suis tout ! Moi ! " August Stramm, lettre à Nell et Herwarth Walden, (Sosnica) le 27 mai 1915

 

L’année 2015 marquera les 100 ans de la disparition du poète et dramaturge allemand August Stramm, mort au combat le 1er septembre 1915 sur le front russe dans les marécages de Rokitno.

 

Lors de la création en 2010 au Théâtre Vidy-Lausanne du tryptique « Forces / Eveil / Humanité » à partir de différents textes de cet auteur, nous avions pu éprouver sa profonde et radicale modernité mais aussi entendre, dans son écriture, le fracas prémonitoire du désastre à venir. C’est tout naturellement ses mots, lettres et poèmes, écrits à la lueur de la bougie dans les ruines du monde en guerre, que nous avons souhaité ressaisir pour commémorer le centenaire de la guerre de 14-18.

 

August Stramm, dont la langue stupéfiée et stupéfiante laisse entrevoir le champ de bataille des hommes, de l’être et de l’écriture, est au cœur des trois propositions qui constituent notre projet intitulé « PAR LES NUITS » :

 

  • Oratorio pour cinq récitants et un piano : des textes d’Ernst Jünger, Erich Maria Remarque et Léon Werth s’articulent autour de lettres et poèmes d’August Stramm pour composer une partition chorale d’individualités juxtaposées dans le paysage fracturé de la guerre et de l’être. Des oeuvres composées pour le piano au XXe siècle (Messiaen, Bartók, Ligeti, Kurtág, Schönberg) s’intercalent, suspendent et diffractent le fracas des mots.

 

  • Correspondance et poèmes : la lecture des lettres et des poèmes d’August Stramm dans une avancée chronologique épouse au plus près les mouvements chaotiques d’un être déchiré par l’expérience de la guerre entre engagement et horreur jusqu’à l’inéluctable dissolution de son être.

 

  • L’Humanité : ce poème visionnaire et cyclique appelle et décrit depuis sa naissance une humanité qui, par l’esprit, progresse jusqu’à son apogée, puis s’effondre, s’anéantit, se décompose, se fait cendres et larmes d’où tout peut renaître.

 

Travailler ces textes, les donner à entendre au plus près de leur écriture, c’est, pour l’acteur et  le spectateur, remettre en travail une mémoire. C'est déchiffrer, à travers les mots de contemporains, l’éclatement de l’être devant l’irruption d’un siècle meurtrier et incompréhensible. Par le choix de ce corpus de textes profondément intimes et singuliers, symptômes d’un esprit broyé par la déflagration du monde, nous tenterons de revitaliser une mémoire de l’événement et ainsi faire ensemble une archéologie de l’imaginaire humain sous la boue de la guerre.

 

Des poésies et lettres d’August Stramm émerge la vision d’un corps et d’un paysage confondus, profondément liés, comme si l’horreur alentour (« le poème alentour ») avait gommé pour l’homme en guerre la division habituelle du réel entre intérieur et extérieur, entre soi et le monde. Pour August Stramm l’éclatement du monde et l’éclatement de l’être « ne font qu’un ». « Tout est un ». Fascinant et effrayant.

Confronté au risque d’une dissolution définitive dans cette horreur (mort ou folie), August Stramm travaille dans ses écrits à conjurer la disparition, et à maintenir une identité quand tout participerait à sa fusion dans la masse indistincte et monstrueuse de la guerre : écrivant le monde alentour qui est devenu pour lui le monde en soi, réinventant le langage, August Stramm se ressaisit coûte que coûte d'un réel et d’un être en morceaux et reconstitue un être fragile, qui lui est propre et pourtant  universel, irréductible : l’être-poème, arche d’une humanité menacée en soi.

 

Perdu dans ce no man’s land, relié aux étoiles, se tient celui qui croit encore à l'écriture, point d’intersection de l'Homme ayant la poésie pour seule résistance.

« …Au fond des nuits

Arrache

Visions… »

 

Distribution

 

Direction artistique : Pascale Nandillon

En collaboration avec Frédéric Tétart, Sophie Pernette, Nicolas Thevenot

Avec et en alternance : Alban Gérôme, Frédérique Jouglet-Marcus, Jean-Benoît L’héritier, Myriam Louazani, Aliénor de Mezamat, Sophie Pernette, Nicolas Thevenot

Piano : Samuel Boré

Lumière, Son : Frédéric Tétart

Production et administration : Atelier hors champ / association 3A

 

 

Partenaires

 

Avec le soutien et l’accueil en résidence de La Fonderie et de La Parole errante (Centre de création contemporaine - Montreuil) ; L'échangeur (Bagnolet) ; La Maison d'Europe et d'Orient (Paris)

L'Atelier hors champ reçoit le soutien du Conseil Général de la Sarthe 

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Par les nuits

Trois oratorios
à partir des oeuvres d'August Stramm
Oratorio pour cinq récitants et un piano, à partir de textes de E. Jünger, E.M. Remarque, A. Stramm et L. Werth, musiques de O. Messiaen, A. Schönberg, B. Bartók, G. Ligeti et G. Kurtág
Correspondance et poèmes, pour quatre voix
L'Humanité, pour deux voix
 
Création collective de l'Atelier hors champ

Extraits audio

© Atelier hors champ