Le bruit du temps

d'après Les questions du temps qui passe

de Eugène Savitzkaya

 

Dirigé par Pascale Nandillon et Nathalie Nambot

Création sonore : Frédéric Tétart

Avec l'Académie Ofitiel : Edgar Aquilina, Sylvia Donis, Nancy Madiou, Sharmila Naudou, Benoît Pichaud, Grégoire Roger, Claire Rommelare, Nelly Toga et Sandra Zappulla

Et les voix de Lucien Amitrano, André Guerdoux, Claude Müller

Remerciements à Renée, Amar, Chantal et Isabelle.

 

Atelier en partenariat avec le Théâtre des Bernardines

 

 

 

Présentation

 

qui vous aveugle ?

qu’est-ce qui vous aveugle ?

êtes-vous aveuglés par le soleil ?

êtes vous aveuglés par la peur ?

t’aveugles-tu ?

reconnais-tu ton aveuglement ?

te connais-tu ?

que connais-tu de toi ?

te connais-tu des ennemis ?

reconnais-tu tes amis ?

connais-tu tes plaies ?

qui est responsable de tes plaies ?

quelles sont tes plaies ?

quelles sont les plaies de ce siècle ?

 

Les questions du temps qui passe de Eugène Savitskaya

 

L’atelier serait d’abord le lieu depuis lequel nous essayons de penser et tracer une route à partir des questions qui nous agitent. Faire écho et murmure au bruit, creuser le corps des voix. Ensemble, acteurs aguerris et tous ceux qui ne font pas profession du théâtre nous arpentons l’espace et les textes. Les nôtres parfois. Ici, il fut question du bruit du temps, du sujet et du collectif, de l’histoire majeure et mineure, de ce qui nous est commun et irréductiblement singulier. Nos histoires, petites pierres et monument, et nos géographies, réelles ou fictives. Partant de l’idée qu’il n’y a ni centre ni périphérie lorsque la parole est prise indifféremment par tous et en tous lieux, qu’elle se diffracte dans l’espace à travers l’autre pour résonner à l’infini.

 

Les questions du temps qui passe de Eugène Savitskaya sont au coeur de ce moment d’ouverture publique. C’est une partition obsédante, répétitive de près de mille questions sans réponse adressées au vingtième siècle et à chacun de nous. Elle traverse les territoires du vivant, de la naissance à la mort, passant par les institutions avec lesquelles le corps social est en prise : la famille, l’état, les lois jusqu’aux conséquences violentes de l’histoire sur les populations : les guerres, les massacres et les migrations, pour revenir comme en ritournelle au désir et à l’amour. Michel Foucault disait que le corps humain, la vie nue était elle-même devenu le centre des enjeux des gouvernements modernes. Depuis l’hôpital Edouard Toulouse en compagnie de l’Académie Ofitiel et des patients qui partagèrent ce texte avec nous, nous tenterons de faire entendre cette tourmente, cette valse étrange.

 

"Privilégier la question, c'est soumettre la réponse à une interrogation sans fin ; c'est faire basculer le pouvoir".

Edmond Jabès « le livre des questions »

 

 

"En se souvenant, l’homme crée, il propose sa propre vision du monde ,des événements auxquels il a  participé et ainsi sa vision de ce monde, du sens de la vie ou de l’absence de sens, si l’on veut. Les excès de confiance dans les faits raccourcis sont une simplification des faits, la  réalité s’éclipse, continuellement et l’on en souffre : comment l’approcher de près, la côtoyer pour de bon ?

En réalité le souvenir est ce qui est extrait de la perception de l’événement. Si l’on interroge un homme un an plus tard ou juste après les faits, son récit ne sera pas identique car l’homme lui même aura changé. C’est une question d’optique , le temps qui passe sur un événement... Chacun d’entre nous j’en suis convaincue possède son propre texte. Ces livres de voix se trouvent dans la rue… Mais comment les entendre ? Le matériau dont je construis mes livres , ce sont les détails , les allusions , les nuances de cet espace du souvenir. Les détails sont les briques qui permettent d’élever les édifices. Quand on omet le détail pour épurer les grandes idées et les évènements l’homme disparaît. Les souvenirs sont les portraits de l’âme .

Je cherche un double portrait : celui de l’homme dans son temps et celui de l’homme éternel….. " 

Svetlana Alexievitch

Revue Autodafé n°2  2004

 

 

 

En co-production avec le Théâtre des Bernardines, le Théâtre de l’Astronef, l’atelier hors champ et avec le soutien du Conseil général de la région PACA

© Atelier hors champ